Analyse | Gabrielle David et l’éternel sentiment d’incertitude
Depuis qu’elle a été repêchée, Gabrielle David n'a jamais réellement réussi à faire sa place dans la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF). Pourtant, la Québécoise avait connu des années prolifiques dans les rangs universitaires américains. Mardi, la Victoire de Montréal a annoncé que l’attaquante avait signé une entente de 10 jours. Après avoir obtenu un contrat régulier d’une saison pour 2023-2024, la joueuse de 25 ans avait dû se contenter d’un rôle de réserviste cette année. Elle a donc participé à un premier match dans un revers de 4-0 contre le Frost du Minnesota. Utilisée dans le quatrième trio, elle a passé à peine plus de cinq minutes sur la patinoire, terminant avec un tir au but et une fiche de -1. Gabrielle David avait été sélectionnée par Danièle Sauvageau au 9e tour, 54e choix au total, lors du premier repêchage de la LPHF. Elle voyait alors son rêve devenir réalité. Elle allait avoir l'occasion de jouer professionnellement, à la maison. Du moins, c’est ce qu’elle croyait. À son premier camp d’entraînement, elle en a fait suffisamment pour convaincre ses dirigeants de lui offrir un contrat d’un an. En 23 matchs, elle a marqué deux buts et ajouté quatre passes. Elle a majoritairement été utilisée dans un rôle plus défensif, obtenant souvent très peu de minutes de jeu. Durant les éliminatoires, elle a bénéficié de certaines occasions de se faire valoir, notamment en avantage numérique, mais Montréal a été éliminée en trois matchs par Boston. Pourtant, Gabrielle David a connu une brillante carrière dans les rangs universitaires américains. En 135 matchs sur 4 saisons, l’attaquante a obtenu 58 buts et 91 passes. À ses débuts dans la NCAA, elle a décroché le titre de recrue de l’année dans la conférence de l’Est (ECAC). À sa dernière saison, elle a fini au 10e rang des meilleures marqueuses de la première division. Comment expliquer qu’une joueuse avec un si grand talent offensif se retrouve dans un rôle secondaire et n’arrive pas à faire sa niche dans la LPHF? Depuis la création de cette ligue, il a souvent été question de la période d’adaptation plus que nécessaire entre les rangs universitaires et les premiers pas chez les professionnelles. Gabrielle David avait avoué que le jeu était effectivement plus robuste, plus rapide. Au terme de la saison inaugurale, on lui avait demandé de travailler sur différents aspects de son jeu, notamment sur son habileté à garder la possession de la rondelle avant d’entreprendre un jeu. Après un été où elle avançait avoir travaillé fort, elle est arrivée plus confiante au camp d’entraînement. Finalement, elle n’a pas remporté son pari. Si obtenir un contrat de réserviste était une réussite pour Kelly-Ann Nadeau, qui venait de conclure son parcours avec les Carabins de l'Université de Montréal, la situation était tout autre pour Gabrielle David, qui avait pourtant un contrat régulier en poche l’an dernier. Vraisemblablement, elle n'en a pas fait assez pendant le camp d’entraînement pour décrocher un poste. La réalité, c’est que l’échantillon était mince. Elle n’a peut-être pas réussi à se démarquer dans des matchs où elle était parfois peu utilisée, mais d'autres joueuses n'ont pas nécessairement été flamboyantes, tout en obtenant un contrat. Prédire avant le début de la saison quels seront les meilleurs éléments pour former une équipe qui peut aspirer au championnat n’est pas une mince tâche. Force est d’admettre que Danièle Sauvageau a eu la main heureuse jusqu’ici. Être une Québécoise et jouer à Montréal, est-ce un avantage? À première vue, on pourrait croire que oui. Et pourtant. Si Danièle Sauvageau doit choisir entre une Européenne ou une Américaine, et une Québécoise, quelle sera la décision? Présentement, la nature des contrats de réserviste complique les choses. Quelle Européenne déménagera à Montréal pour un maigre salaire, sans allocation pour le logement comme c'est le cas pour une réserviste? Poser la question, c’est y répondre. Catherine Daoust, Kelly-Ann Nadeau et Gabrielle David ont l'occasion de s’entraîner quotidiennement aux côtés des meilleures joueuses au monde. Elles continuent d’évoluer, mais toutes les joueuses diront que même les entraînements les plus intenses ne peuvent pas transmettre ce que représente un match dans cette ligue. Mais au-delà du talent, des habiletés au niveau du hockey qui continuent de s’améliorer, qu’en est-il de l’aspect mental? Quand tu n’obtiens pas de contrat, ça fait mal. Quand tu vois Catherine Daoust et Kelly-Ann Nadeau signer des ententes et que tu dois encore attendre ton tour, tu te questionnes. Les joueuses montréalaises sont bien entourées. Il y a Danièle Sauvageau, Kori Cheverie, les autres entraîneurs, le préparateur mental, etc. Gabrielle David a aussi souvent dit à quel point une joueuse comme Marie-Philip Poulin était là pour elle. Mais plus les semaines, les mois passent, plus la confiance s’effrite. Gabrielle David a signé un contrat de 10 jours avec la Victoire de Montréal. Photo : The Canadian Press / Graham Hughes Soudainement, la joueuse obtient son occasion. Dans ce cas-ci, Gabrielle David. Elle doit se prouver. En quelques présences, en quelques minutes, elle doit démontrer qu’elle mérite sa place. Et surtout, il ne faut pas qu’elle fasse d’erreurs. La Victoire de Montréal disputera son prochain match samedi, à Ottawa. Gabrielle David avait été utilisée en l’absence de Lina Ljungblom, malade. Il y a fort à parier que la Suédoise sera de retour et David laissée de côté, à moins que Kori Cheverie choisisse d’y aller avec une formation à 13 attaquantes. La Québécoise pourrait potentiellement être utilisée pour le match de mardi prochain. Son contrat de 10 jours prendra ensuite fin. Elle pourrait potentiellement signer une deuxième entente de 10 jours d’ici la conclusion de la saison. Gabrielle David n’est qu’un cas de figure. Son cas n’est pas isolé. Les dirigeants et les joueuses sont actuellement victimes du format où les équipes ne peuvent avoir que 23 contrats réguliers et 3 joueuses de réserve. Certaines ont choisir d’aller jouer eu Europe afin de s'assurer de participer à des matchs. Conseillée par son agent, Gabrielle David a plutôt décidé de demeurer en Amérique. Mais à quel prix? Dans l’optique où deux équipes d’expansion seraient ajoutées la saison prochaine, l’objectif était d’obtenir une meilleure visibilité. Une stratégie logique, louable, à condition de l'obtenir, cette fameuse visibilité. Chaque fois qu’elle a touché la glace, j’ai trouvé qu’elle a eu un impact, a analysé l’entraîneuse-chef Kori Cheverie après la rencontre. Évidemment, elle n'a pas obtenu beaucoup de minutes ce soir, mais chaque fois qu’elle est allée sur la patinoire, elle a fait exactement ce qui était demandé. Elle a contrôlé la rondelle, a envoyé des rondelles au filet, elle a fait de bons jeux en zone neutre qui nous ont permis de faire un bon échec avant.
Montréal est ma maison. Très choyée, très excitée. Ça fait quatre ans que je suis partie aux États-Unis et pendant la COVID, ma famille ne pouvait pas me voir jouer. Ç’a été dur pour eux aussi, mais d’être à la maison avec mes parents et amis, ça va vraiment être cool
, avait-elle affirmé, quelques minutes après avoir entendu son nom être prononcé. C’est dur par moment. Je ne jouais pas, et souvent, dans la NCAA, je basais mes performances sur le nombre de points, et là, j’ai eu un autre rôle. En éliminatoires, j’ai trouvé plus mon aise et ça s’est bien passé
, avait-elle dit au bilan de fin de saison.Un flair offensif

Advertising by Adpathway









